Les origines de la terminaison -i dans les noms de famille italiens
Pourquoi tant de noms de famille italiens se terminent-ils par -i ?
La question des noms de famille italiens se terminant par -i a longtemps Ă©tĂ© dĂ©battue parmi les linguistes, car elle soulĂšve un intĂ©rĂȘt thĂ©orique important : elle pourrait indiquer quâun groupe familial a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© par une forme plurielle.
đ Une Ă©tiquette officielle devenue hĂ©ritage
Ă lâorigine, le nom de famille Ă©tait souvent une Ă©tiquette officielle et artificielle, que le porteur â en particulier Ă la campagne â nâutilisait que lorsquâil y Ă©tait contraint, par exemple dans les actes notariĂ©s. Le reste du temps, les gens Ă©taient dĂ©signĂ©s autrement dans la vie courante. Mais cette Ă©tiquette administrative est restĂ©e, et a fini par sâimposer dans les documents Ă©crits.
đïž Le rĂŽle du latin notarial
Au Moyen Ăge, les notaires rĂ©digeaient leurs actes en latin, et non dans la langue parlĂ©e par la majoritĂ© de la population. Par consĂ©quent, la notation des noms et prĂ©noms devait ĂȘtre un point de rencontre entre la forme populaire (vulgaire) et une forme latinisĂ©e.
De nombreux noms de famille italiens finissant par -i dĂ©rivent de ces formules latines notariales oĂč lâon indiquait la filiation (patronyme). Par exemple :
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Dans un acte notarié, Pietro, fils de Martino était noté :
Petrus filius Martini
â avec le temps, le mot filius a disparu, ne laissant que Petrus Martini
đ Apports dâautres types de noms
Cette terminaison en -i sâest ensuite propagĂ©e Ă dâautres types de noms :
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Noms dérivés de toponymes :
En Lombardie, Inzaghi vient de Inzago, Galbiati de Galbiate, Turati de Turate, etc. -
Noms dérivés de métiers ou de surnoms :
Iohannes filius Ferrario (Giovanni, fils du forgeron) â Giovanni Ferrari
Dans ces cas, la terminaison -i fait référence à une filiation ou à un groupe familial élargi.
đ§ Le gĂ©nitif latin
La terminaison -i reprĂ©sente, dans lâesprit des notaires mĂ©diĂ©vaux, le gĂ©nitif masculin singulier du latin, utilisĂ© dans la rĂ©daction des actes officiels.
PlutĂŽt que de dĂ©signer des familles au sens restreint, ces noms Ă©voqueraient des groupes familiaux, voire des tribus, vivant dans la mĂȘme maison, la mĂȘme rue.
đ Exemple :
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Petrus filius Pauli = Pierre, fils de Paul
Ici, Pauli est la forme gĂ©nitive de Paulus, et signifie littĂ©ralement âde Paulâ.
â Des exceptions Ă considĂ©rer
Il existe bien sûr de nombreuses exceptions. Par exemple :
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Certains auteurs considĂšrent que Paoli nâest rien dâautre quâune adaptation du latin notarial Pauli.
đ Une Ă©tude de Paul Aebischer
Câest prĂ©cisĂ©ment ce sujet quâa traitĂ© Paul Aebischer dans sa publication de 1947 intitulĂ©e : “Les origines de la finale -i des noms de famille italiens” [Source : AI2PH0]
Paul Aebischer (1897â1977) Ă©tait un philologue, linguiste et romaniste suisse, spĂ©cialiste des langues romanes et de lâonomastique (lâĂ©tude des noms propres). Professeur Ă lâUniversitĂ© de Fribourg, il est reconnu pour ses recherches approfondies sur la toponymie et les noms de famille dâorigine latine (en italien et en français notamment).
đ RĂ©sultats de son Ă©tude
Aebischer a analysĂ© des milliers de documents notariaux mĂ©diĂ©vaux provenant de diffĂ©rentes rĂ©gions italiennes (Toscane, Ămilie, Rome, Naples, etc.). Il a relevĂ© plusieurs formules utilisĂ©es pour indiquer la filiation :
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Nom unique : Petrus (Pierre)
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Avec filiation complĂšte : Petrus filius Pauli (Pierre, fils de Paul)
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Forme avec âdeâ : Petrus de Paulo (plus courant au centre-sud)
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Forme abrĂ©gĂ©e : Petrus Pauli (trĂšs courante en Toscane et Ămilie)
Câest cette derniĂšre forme qui sâest transformĂ©e en nom de famille hĂ©ritĂ©, donnant des noms comme Paoli, Martini, Benedetti, etc.
Aebischer rĂ©fute lâidĂ©e que le -i soit un pluriel, car si tel Ă©tait le cas, on retrouverait des formes comme Paulorum ou de Paulis, ce qui nâest pas attestĂ©.
đșïž Variations rĂ©gionales
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Toscane & Ămilie :
La forme abrĂ©gĂ©e Petrus Pauli est devenue la plus frĂ©quente â noms en -i -
Campanie & Latium :
On a conservé davantage la formule Petrus de Paulo -
Dans les actes anciens, on trouve encore les formes complÚtes Petrus filius Pauli, simplifiées au fil du temps
â Conclusion
Paul Aebischer conclut que la terminaison -i des noms de famille italiens nâa rien Ă voir avec un pluriel, mais vient du gĂ©nitif latin, utilisĂ© par les notaires pour indiquer la filiation. Ces dĂ©signations officielles se sont transformĂ©es en noms de famille transmissibles.
Ainsi, des noms comme Paoli, Benedetti, Franchi, ou Martini ne signifient pas âles Paoloâ ou âles Benedettoâ, mais dĂ©rivent de la formule âPierre, fils de…â.
đ Statistiques
La terminaison -i est beaucoup plus frĂ©quente dans le nord de lâItalie.
Dans le centre et le sud, les noms se terminent souvent par -o, -a ou -u, ce qui reflÚte des histoires linguistiques et régionales différentes.
Sur les 100 noms les plus fréquents dans les 20 régions italiennes :  [Source : AI2PH0]
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847 se terminent en -i
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526 en -o
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233 en -a
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151 en -e
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60 en -n
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44 en -r
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41 en -s
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28 en -u
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