Les noms de famille italiens : une mosaïque d’origines et de transformations

Les noms de famille italiens : une mosaïque d’origines et de transformations

La richesse des noms de famille italiens : origine, variations et suffixes

Les noms de famille italiens sont beaucoup plus nombreux que dans d’autres pays, et chaque nom italien possède plusieurs variantes. Selon les publications les plus récentes du Professeur Enzo Caffarelli (au début du XXIe siècle), on peut estimer à environ 350 000 le nombre de noms de famille italiens ; tandis qu’une étude antérieure, réalisée vers 1980 par Emidio De Felice, évaluait ce chiffre à environ 330 000.

Origine de la variété des noms de famille

Cette richesse onomastique s’explique par plusieurs facteurs :

  • Le retard dans le processus de standardisation des noms de famille, dû à la diffusion tardive et lente de la langue nationale italienne. En Italie, contrairement à ce qui s’est passé pour le français ou l’allemand, une langue nationale ne s’est imposée qu’au cours des dernières décennies du XIXe siècle.

  • La standardisation des formes locales des noms de famille, issues de la fragmentation linguistique (les dialectes).

  • La richesse des prénoms et la coutume italienne, typique aussi du Moyen Âge, de réduire la chaîne phonique en supprimant des syllabes aux prénoms. Ainsi, des noms comme Ducci, Lotti, Neri, Ventura, Giunti, Corsi, Salvi sont beaucoup plus fréquents que les prénoms dont ils dérivent : Bernardo (ou un autre prénom se terminant en -do), Angelotto, Raineri (ancienne forme de Raniero), Bonaventura, Bonagiunta, Bonaccorso, Diotisalvi, etc.

  • La coutume médiévale de donner le même prénom à plusieurs membres d’une même famille, en les différenciant par un suffixe. La grande richesse de suffixes dans la langue italienne et ses dialectes a permis une multiplicité de formes : -ino, -etto, -ello, -one, -uccio, -ozzo, etc.

  • Les formes abrégées ont souvent été enrichies par un ou plusieurs suffixes, au point de devenir longues et méconnaissables. Seul un spécialiste en onomastique pourrait deviner que Guzzinati peut dériver de Ugo ou Federigo ou Arrigo ; que Pucciarelli dérive de Filippo ou Jacopo ; que Giottini dériverait de Ambrogio et Bossettini de Jacobo !

Ainsi, des prénoms comme Giovanni, Domenico, Antonio et Giacomo ont donné naissance à une grande variété de noms de famille.

Cette diversité fait que certains noms de famille sont typiques d’une région ou d’une autre, ce qui a permis le développement d’outils comme les cartes des noms de famille ou les moteurs de recherche spécialisés dans les noms italiens.

Ajout de préfixes et de suffixes

Comme l’explique l’Encyclopédie Treccani, les noms de famille italiens sont constitués d’un mot de base (un prénom, un surnom, un métier, un toponyme), auquel s’ajoutent des suffixes variés, des préfixes et des phénomènes linguistiques et phonétiques (aphérèse, apocope, métathèse, etc.).

Nous avons déjà abordé dans d’autres articles l’origine, le sens et la classification des noms de famille italiens, et expliqué comment en trouver les variantes. Voyons maintenant une des raisons de leur grande variété.

Les suffixes

La langue italienne possède une grande richesse de suffixes. Aux prénoms, on ajoutait souvent ces suffixes (au singulier ou au pluriel), qui ont donné une particularité au nom de famille issu de ceux-ci.

Cependant, de nombreux noms de famille, en raison de l’évolution linguistique, ont perdu leur “transparence”, c’est-à-dire que la fonction initiale des suffixes n’est plus toujours perçue.

Les suffixes les plus courants dans les noms de famille italiens sont :

  • Diminutifs : –in, -ini, -ino, -etti, -etto, -allo, -illo, -ello

  • Augmentatifs : -one, -acco, -occo, -ucco, -accio, -aso, -asso, -ico, -isio, -isso, -izzo, -azzo, -ione

  • Péjoratifs : –accio, -astro, -aglia, -aldo, -azzo

  • Affectifs (vezzegiativi) : -otto, -uccio, -ucci

  • Indicateurs d’origine géographique : -ani, -ano, -ese, -esi, -eri, -ieri, -engo, -ingo, -esco, -isco

  • Indications de profession : –aro, -tore

On peut également trouver des combinaisons de deux suffixes dans les noms de famille italiens, par exemple -ino + -ello.
Exemple :

  • Pontellini = ponte + elli + ini.

D’où proviennent des noms comme :
Albertinello, Albertonino, Antognazzino, Guglielminetto, Marconcino, Marcuccillo, Martinazollo, Pertuccello, Petroccello, Petruzzello, Petruzziello, Brugnettini, Brunelleschi, Chiaruttini, Coluccini, Cortelletti, Magnanini, Martinazzoli, Petruzzelli, Pontellini, Rinuccini, Silvestrini.

Phénomènes linguistiques dans la formation des noms de famille italiens

La grande variété des noms italiens provient non seulement des suffixes et des préfixes, mais aussi de la coutume médiévale italienne de réduire la chaîne phonique, en supprimant des syllabes dans les prénoms.

Cette suppression pouvait se faire de trois manières :

  • Aphérèse : perte d’un son au début d’un mot

  • Apocope : disparition d’un ou plusieurs phonèmes/syllabes à la fin d’un mot

  • Métathèse : inversion de la position des sons dans le mot

Hypocoristique

Une autre transformation fréquente dans les noms de famille est l’hypocoristique, également appelé forme affective ou vezzeggiativo, qui se forme par ajout de suffixes et d’autres phénomènes, comme la suppression de syllabes.

Le terme hypocoristique désigne une altération phonétique (souvent une abréviation) d’un prénom. Il s’agit de termes affectueux, familiers ou euphémiques utilisés pour remplacer un nom réel.

Ces mots sont souvent soumis à une déformation – souvent des apocopes, aphérèses ou diminutifs – du prénom d’origine. Le mot hypocoristique fait donc référence aux abréviations et aux modifications que subissent les prénoms dans le langage familier.