Les stati delle anime : recensements paroissiaux italiens (état des âmes)
Après le Concile de Trente, les curés des paroisses italiennes furent chargés de tenir régulièrement des registres connus sous le nom de Status Animarum ou Stati delle Anime (« états des âmes »). Ces documents constituaient de véritables recensements paroissiaux.
Le Stato delle Anime était généralement établi à l’époque de Pâques. Le prêtre visitait alors chaque foyer de la paroisse afin d’enregistrer les informations concernant tous les membres de la famille. Ces relevés avaient pour objectif principal de vérifier que les fidèles respectaient l’obligation imposée par l’Église catholique de se confesser et de recevoir la communion au moins une fois par an, notamment durant la période pascale.
C’est pour cette raison que les plus anciens Stati delle Anime ne mentionnent pas toujours les jeunes enfants ni certaines personnes incapables de recevoir le sacrement de la communion.
Réglementation des Stati delle Anime
Les registres paroissiaux de familles furent officiellement prescrits par le Rituale Romanum promulgué le 20 juin 1614 par le pape Paul V. Ce texte établissait certaines règles générales pour la tenue des Stati delle Anime.
Toutefois, en dehors de ces prescriptions, aucune norme véritablement uniforme n’existait. La présentation et le contenu des registres pouvaient varier considérablement selon l’époque, la région ou encore le niveau d’instruction du prêtre chargé de leur rédaction.
Dans de nombreuses paroisses, un nouveau registre était ouvert tous les quelques années. Lors de chaque visite, le curé ajoutait les changements survenus depuis la précédente : départs, arrivées, mariages, décès, changements de résidence ou autres informations jugées utiles.
Ces livres constituent aujourd’hui une source généalogique exceptionnelle. On y rencontre fréquemment des annotations signalant les personnes décédées, les habitants partis vers une commune voisine ou encore les émigrants ayant quitté l’Italie pour l’étranger, notamment vers les Amériques.
Les registres mentionnent souvent :
- les noms et prénoms des habitants ;
- leur âge ;
- leur lien avec le chef de famille ;
- leur situation familiale ;
- les changements de résidence ;
- les décès ;
- les mariages ;
- parfois même les départs à l’étranger.
Les épouses y apparaissent généralement sous leur prénom et leur nom de jeune fille, une information particulièrement précieuse pour les généalogistes. En effet, dans de nombreux registres paroissiaux antérieurs au XIXe siècle, seul le prénom de la mère était parfois indiqué dans les actes.
On y trouve également d’autres membres du foyer : grands-parents, neveux, beaux-parents, domestiques ou personnes vivant temporairement sous le même toit.
Dans de nombreuses communes italiennes, le Stato delle Anime constitue le plus ancien recensement conservé. Les bureaux de l’Anagrafe n’existaient pas encore et ces registres représentent souvent la seule source permettant de reconstituer la composition d’une famille avant l’apparition de l’état civil moderne.
Dans certains villages, deux séries distinctes étaient tenues : l’une pour le centre urbain de la paroisse, l’autre pour les habitants de la campagne (campagna).
La pratique du Stato delle Anime subsiste encore aujourd’hui dans certaines paroisses.
Les informations contenues dans les Stati delle Anime
Le Rituale Romanum de 1614 prévoyait un système de notation permettant de suivre la situation religieuse des paroissiens.
Le plus souvent :
- un C indiquait que la personne s’était confessée ;
- un deuxième C signalait qu’elle avait reçu la communion ;
- un troisième C, plus rare, indiquait qu’elle avait reçu le sacrement de confirmation.
Ainsi, les adultes pratiquants apparaissent fréquemment sous la forme CCC.
Les adolescents peuvent être notés C ou CC, tandis que les jeunes enfants ne portent souvent aucune marque, n’ayant reçu que le baptême.
À la fin de certains registres, le curé ajoutait parfois une liste des personnes n’ayant pas accompli leurs obligations religieuses, accompagnée d’explications telles que :
- absence prolongée ;
- maladie mentale ;
- maladie grave ;
- résidence temporaire hors de la paroisse.

Des systèmes de notation très variables
En pratique, chaque curé développait souvent ses propres méthodes.
Certains utilisaient par exemple :
- cr pour cresimati (confirmés) ;
- con pour confessati (confessés) ;
- com pour comunicati (ayant communié).
D’autres employaient :
- un X pour signaler les personnes devant recevoir la confirmation ;
- une croix (†) pour indiquer un décès ;
- diverses annotations marginales concernant les mariages ou les émigrations.
Les femmes étaient généralement identifiées selon leur statut matrimonial :
- figlia : fille célibataire ;
- moglie : épouse ;
- vedova : veuve.
Aucune réglementation détaillée n’encadrait réellement la tenue de ces registres. Chaque prêtre les rédigeait selon ses propres habitudes et ses propres critères. On rencontre donc fréquemment des erreurs, des omissions ou des incohérences qui témoignent parfois d’une tenue relativement approximative.

This priest used his own codes: Ch, Con, Com. An X for those who were to be confirmed, and a cross for the dead. He used the same book between 1880 and 1889, adding information about marriages, emigrations, and deceases.

This priest only recorded people names.

This priest registered only people ages.
Des registres mis à jour pendant plusieurs années
Dans certaines paroisses, les curés adoptaient une méthode particulièrement efficace afin d’éviter de recommencer chaque année un relevé complet.
Après avoir établi un registre initial, ils se contentaient de le mettre à jour annuellement :
- en augmentant l’âge des personnes d’une année ;
- en ajoutant les nouveaux baptisés ;
- en rayant les personnes décédées ;
- en notant les départs ou les mariages.
Lorsque les paroissiens se présentaient pour recevoir la communion, le prêtre ajoutait simplement une marque à côté de leur nom.
Dans de nombreux diocèses, les fidèles recevaient même un petit billet nominatif à présenter lors de la communion pascale, permettant au curé de mettre à jour son registre.
Grâce à cette pratique, certains Stati delle Anime couvrent plusieurs décennies et permettent de suivre l’évolution d’une famille sur une très longue période.

Pre-printed Parish family book, supplied by a dioceses to its parishes. It didn’t allow enough space to register the spiritual condition of parishioners (CCC).
Registres imprimés et feuillets annuels
Certaines paroisses utilisaient des registres préimprimés fournis par leur diocèse. Ces formulaires comportaient des colonnes destinées à enregistrer les informations religieuses des fidèles ainsi que différents événements familiaux.
D’autres paroisses préféraient utiliser des feuilles annuelles indépendantes plutôt que des registres reliés. Cette pratique a malheureusement favorisé la dispersion ou la disparition de nombreux documents au fil du temps.
Les modèles les plus complets comportaient des colonnes spécifiques pour :
- la confirmation (cresima) ;
- la confession (confessione) ;
- la communion (comunione) ;
- les mariages ;
- les décès ;
- les changements de résidence ;
- d’autres événements concernant la vie familiale.
Conservés sur plusieurs années, ces registres paroissiaux constituent aujourd’hui l’une des sources les plus riches pour reconstituer les familles italiennes avant l’apparition de l’état civil moderne.

Parish family book used during the period 1847-1857.
Consultation el ligne
Nous vous invitons également à consulter notre répertoire de registres italiens numérisés (en anglais). Vous y trouverez des recensements paroissiaux (Stati delle Anime), des recensements civils de population et d’habitation (Censimenti), ainsi que des registres cadastraux et fonciers contenant des informations nominatives sur les propriétaires, tous accessibles en ligne.